[INFOGRAPHIE] Le design et la technique des spécialistes et des passionnés

Les infographies ont pour but de présenter des résultats de sondages et d’études, des statistiques relatives aux médias sociaux et des données brutes et concrètes, quels qu’en soient le volume et la forme. Cela est important, bien entendu. Mais, l’agence Pop Chart Lab a sa façon bien à elle de réaliser des infographies d’un genre nouveau. Ben Gibson, le Directeur de Création nous explique…

Depuis 2010, Pop Chart Lab s’illustre par sa magnifique production d’infographies, sous forme de posters et d’affiches, toutes basées sur un tout autre type de données : nos petits plaisirs du quotidien. Jeux vidéo, BD, séries TV, café, bière… Tout cela peut inspirer Pop Chart Lab.

Pour mieux comprendre comment ces projets voient le jour, nous sommes allés interroger le co-fondateur et directeur de création de Pop Chart Lab, Ben Gibson. Il va nous expliquer comment se déroule la sélection des thèmes abordés, comment ils mènent à bien la recherche et le design de leurs infographies, et quels conseils ils peuvent nous donner pour que nous aussi, nous puissions créer de superbes infographies.

 

Shutterstock : la mission de votre entreprise, telle que vous la présentez sur votre site web, est de « restituer sous forme graphique n’importe quelle expérience humaine ». Pourquoi est-ce si important à vos yeux ?


Ben Gibson : à l’origine de la création de Pop Chart Lab, nous avions identifié un vide à combler. Nous nous demandions pourquoi personne n’avait encore eu l’idée de proposer des graphismes funs pour présenter différents types de bièredes groupes de rap, ou encore le fameux périple de Will Smith dans le Prince de Bel Air. Une fois lancés sur ce terrain, rien ne semblait pouvoir nous arrêter. Il y aura toujours quelque chose à illustrer et des données à collecter, à organiser et à présenter d’une manière à la fois séduisante et informative. Notre monde est une source infinie de données, et la vie est une formidable opportunité de les extrapoler et de les organiser pour les rendre compréhensibles. Si, en plus, nous pouvons les transformer en œuvre d’art, pourquoi s’en priver ?

 

Habituellement, les infographies servent à illustrer des données statistiques, des études de marché ou des sondages sur l’utilisation d’Internet. Alors pourquoi créer des infographies qui reflètent plutôt des hobbies ou des activités de tous les jours ?


Nous nous sommes posé trois questions : est-ce que cela pourrait intéresser les gens ? Auraient-ils envie de les afficher au mur ? Est-ce que cela implique de nombreuses données ? Il n’est pas nécessairement difficile de mettre l’idée en pratique. Les statistiques et les résultats d’études sont éphémères, contrairement à nos centres d’intérêt ou nos hobbies. Et nous voulons justement créer un produit que nos clients auront envie de garder longtemps. Après tout, si l’on affiche un poster au mur, c’est généralement pour qu’il y reste un certain temps.

 

Comment déterminez-vous les sujets à inclure dans vos projets ?


Ce sont des critères économiques qui, souvent, sont déterminants : par exemple, nous avons besoin de temps à autre d’un produit d’appel très vendeur (la bière, le rap) qui nous permettra de financer des productions plus confidentielles comme nos Sentence Diagrams ou les chaussures de Sex & the City. Souvent, nous faisons coïncider nos infographies avec l’actualité : une cartographie des équipes de baseball au moment des World Series, ou encore l’histoire d’Apple à l’annonce du nouvel iPhone. Mais c’est aussi une question de notoriété du thème, s’il a déjà été trop ou pas assez représenté (par nous ou par d’autres) et si notre approche est pertinente.

 

Commencez-vous par la recherche ou par le design ?


Pour les affiches, nous avons parfois déjà en tête une bonne idée du rendu final. Mais généralement, la phase de recherche précède celle du design. Cela évite toute perte de temps et d’énergie au cas où la quantité de données à illustrer serait insuffisante, ou si les données se révélaient inadaptées au design auquel nous avions pensé. Notre philosophie se résume à une mise en forme claire et conviviale d’une multitude de données complexes. Nous ne partons jamais d’un design complexe pour voir ensuite si nous pouvons le compléter avec des données.

Comment déterminez-vous la meilleure façon de transmettre visuellement ces informations ?


Étant donné la complexité de nos schémas, l’accent est mis sur la lisibilité et la facilité de compréhension. Nous nous assurons également toujours qu’il y aura suffisamment d’espace pour l’ensemble des informations. Nous optons systématiquement pour une présentation élégante, un visuel à la fois riche et précis, adapté aux contenus complexes. En effet, si les données sont incompréhensibles, quel est l’intérêt ?

 

Comment compilez-vous vos résultats et vos données ?

99% des recherches sont réalisées en interne. Nous avons une équipe de virtuoses des données, obsédés par les chiffres, qui passent la majeure partie de leur temps libre à étudier une quantité effarante de données. Il faut donc surtout s’assurer qu’ils n’oublient pas de noter leurs idées. De nos jours, grâce à Internet, vous disposez de suffisamment de temps et d’informations pour effectuer toutes sortes de recherches très précises et vérifier les sources. Et de temps en temps, vous n’allez pas me croire, nous faisons également des recherches dans des livres : par exemple, une encyclopédie de près de 3 000 pages pour tout savoir sur le raisin destiné au vin, ou bien un gros catalogue devoitures de collection américaines. Autrement dit, une recherche peut prendre quelques jours, comme pour notre affiche des drapeaux américains, ou près de 2 ans, comme pournotre affiche des familles de vin.

 

 

Beaucoup de vos infographies traitent de thématiques très suivies et très populaires comme les BD, les jeux vidéo, les bières. La moindre erreur pourrait être rapidement détectée par les connaisseurs. Cela vous incite-t-il à être plus vigilants ?


Notre entreprise n’existerait pas sans ces passionnés qui vivent leur hobby à fond. Nous en sommes bien conscients et tout à fait reconnaissants. Or, si nous en sommes conscients, c’est avant tout parce que nous en faisons également partie. Vous ne pouvez pas travailler ici sans être vous-même un mordu, un obsédé du détail. Mais nous sommes aussi des êtres humains, pour le meilleur et pour le pire ! Alors nous savons qu’une erreur est toujours possible. C’est pour cela que nos produits sont systématiquement testés en avant-première, quelques jours avant l’impression. Les fans peuvent nous donner leurs impressions, nous signaler des omissions ou suggérer des ajouts, et si cela nous semble pertinent, nous intégrons les modifications.

Est-il déjà arrivé que vos créations soient mal accueillies ?

Internet étant ce qu’il est (ou plus exactement, les commentaires étant ce qu’ils sont) les propos un peu « démesurés » sont fréquents, comme vous l’imaginez. Cela dit, ça fait partie du jeu, c’est le prix à payer pour une entreprise du web. Et malgré cela, nous vérifions attentivement chaque suggestion pour ne pas laisser passer une bonne idée. Alors, pour être bien sûr de ne jamais l’oublier, je pourrais afficher ce message au-dessus de mon bureau : « Ce n’est pas parce que vous avez affaire à un crétin qu’il a tort ! » Cela dit, nous avons énormément de retours positifs et bienveillants des fans de nos produits. 99% des avis que nous recueillons sont positifs.

 

 

Beaucoup de vos posters, par exemple Gotham’s Villains, regorgent d’informations. Comment faites-vous pour qu’ils restent malgré tout lisibles et agréables à regarder ?

Ce sont essentiellement des considérations pratiques. Nous veillons à ce que le texte ne soit pas trop petit. Un design a forcément des limites quant à la quantité d’informations qu’il peut contenir, sans parler de la quantité de détails que notre œil est capable de percevoir. Cela commence donc par l’épuration des données issues de la phase de recherche. Nous organisons, sélectionnons et éliminons des informations (et du texte) pour ne garder que l’essentiel, tout en gardant une histoire bien étoffée.

 

Comment être certain que le design correspond bien au thème ?

En général, nous n’y pensons pas très longtemps. Si, dès le départ, il ne s’impose pas comme une évidence, c’est très probablement qu’il ne conviendra pas au sujet. Parfois, les éléments structurants du design se mettent en place relativement tard dans le processus, quand on ne s’y attend presque plus. Notre affiche des chats de fiction, par exemple, s’est concrètement métamorphosée en une énorme tête de chat la veille de la date de livraison prévue, après qu’un designer ait fait remarquer qu’elle ressemblait déjà plus ou moins à ça.

 

Quels logiciels utilisez-vous pour vos infographies ?

Souvent, nous utilisons un logiciel graphique très simple et très intuitif, OmniGraffle, pour esquisser un prototype qui nous donne une bonne idée de la façon dont les données seront disposées. Ensuite, pour la conception proprement dite, nous utilisons Illustrator. Étant donné la complexité de nos créations, Illustrator est, de loin, le logiciel le plus souple et le plus performant. Il offre la combinaison d’outils de design et de fonctions de structuration des données dont nous avons besoin. Chaque détail reste accessible à tout moment et peut être modifié à volonté.

 

Quels seraient vos 3 meilleurs conseils pour compiler des données dans une infographie ?

1. Établissez les paramètres/limites de votre recherche de données le plus tôt possible. Il est très rare de pouvoir tout inclure, donc plus vite vous aurez défini un cadre, plus vous gagnerez de temps.

2. Vérifiez et vérifiez encore vos sources. Wikipédia est vraiment un formidable outil de recherche, mais ne lui accordez jamais une confiance aveugle. Chaque fois que c’est possible, faites en sorte de trouver des informations concordantes.

3. Sachez renoncer. Parfois, il faut savoir admettre qu’une idée ne fonctionne pas, quand bien même on y croyait. Peut-être qu’il n’y a pas autant de données disponibles que vous le pensiez, peut-être que vous n’arrivez pas à trouver suffisamment de sources, ou peut-être tout simplement que le résultat est décevant. Mais ce n’est pas grave, parce qu’il y a toujours d’autres données à représenter. Passez à autre chose, mais n’appuyez pas frénétiquement sur la touche Supprimer – ou tout autre geste que vous pourriez regretter. Mettez votre projet de côté pour le jour où l’inspiration reviendra ou qu’une nouvelle approche vous viendra à l’esprit.

 

Quels conseils donneriez-vous pour transformer toutes ces données en une présentation agréable et très visuelle ?

Cherchez à raconter une histoire cohérente et déterminez précisément ce que vous voulez faire dire à votre infographie. Dans le domaine de la visualisation de données, on a vite fait de s’égarer dans des méandres qui n’ont que peu de rapport avec l’idée de départ. Donnez à votre projet un aspect visuel et une structure qui mettent en valeur et renforcent votre concept, jouez sur le fond et la forme sans privilégier l’un(e) au détriment de l’autre. Et n’hésitez pas à retravailler encore et encore la rédaction et le design, autant que vous pouvez le faire. C’est très difficile à faire avec ce type d’infographies, tant sa complexité rend les retouches chronophages. Mais au final, le résultat n’en sera que meilleur.

 

 

 

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