[Galerie] Brugier-Rigail : collectionneurs d’art urbain

C’est une jolie petite galerie, discrète, nichée rue Volta, à deux pas du Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris, 3e arrondissement. Sur ses murs blancs, des œuvres de street artistes, inspirés des années 80. On y découvre les noms de JonOne ou Shepard Fairey. Découvrez l’interview des deux galeristes [ Galeristes ? Peut-être… Collectionneurs ? Sûrement ! ] Éric Brugier et Laurent Rigail.

 

A la découverte de la galerie Brugier-Rigail : collectionneurs d’art urbain :

2-510-407

Wrong number – © A One

3-510-633

Sans titre – © A One

Question : Comment vous êtes-vous connus ?

Réponse : Tout à fait par hasard, lors d’un dîner, au début des années 2000. Nous avions tous les deux envie de changer de métier. Nos passions respectives pour l’art – en particulier pour l’art des années 80 – ont fait le reste.

Q : Vous avez acheté votre première œuvre très tôt, Éric…

R : Oui, il y a près de 30 ans. J’en avais 19. Un tableau que je voulais absolument, payé en plusieurs fois… Et que je possède toujours ! Le fait de vivre avec une œuvre que l’on a choisie, pour laquelle on a eu un coup de foudre procure une émotion particulière… Pour ressentir cet effet, nous comprenons bien ceux qui ont ce genre d’envie… (rire). Du coup, on est arrangeants pour les paiements. On est les premiers à penser qu’il ne faut pas se mettre dans l’embarras pour une œuvre.

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Sans titre – © LA II

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Sans titre – © LA II

Q : Comment choisissez-vous les artistes que vous représentez ?

R : Il faut savoir que nous ne vendons que ce qui nous plaît. Nous sommes très sollicités, mais au final, c’est nous qui choisissons parmi les artistes dont les œuvres nous plaisent… Ce n’est vraiment pas une question de spéculation. Nous savons tous que sur 100 artistes, il y en a 30 dont la cote fera un bond extraordinaire dans quelques années, 30 qui resteront stables et 40 qui ne vaudront plus grand chose. Mais bien sûr, nous ne savons pas à l’avance lesquels ! Mais 100 % des œuvres que nous achetons pour nous-mêmes nous plaisent, et c’est cela qui importe.
“Virtuellement, nous sommes riches. Pratiquement, beaucoup moins. Mais on fait un truc qu’on adore !”

 

Q : Si vous deviez faire une petite « rétrospective » de vos artistes préférés, lesquels choisiriez-vous ?

R : Sans doute Jon One, Crash, Space Invader, Combas, Viallat, Soulages, Dick Walker, Miss Tic,… Ils sont tous très différents, mais on les adore tous.

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Remblefish – © John Matos Crash

Q : Avez-vous un avis sur les prix pratiqués ?

R : Il y a une incroyable différence entre les artistes contemporains classiques et les artistes de rue. Les œuvres de ces derniers peuvent atteindre 60.000€. Et quand on sait que pour le même prix on peut avoir un César ou un Viallat ! L’art urbain et l’art contemporain se sont pourtant développés en parallèle… Il n’y a que dans l’art urbain qu’on voit des artistes qui n’ont fait que deux expos dans leur vie et qui vendent leur toile 25.000 € ! En comparaison, un très beau dessin de Combas, ça ne vaut « que » 3000 €…

 

Q : Pourquoi une spécialisation dans les années 80 ? Parce que c’est votre jeunesse ?

R : Exactement ! Avec tout de même des incursions dans d’autres décennies : Mathieu, Debré, Soulages…

 

Q : Vous avez des désaccords entre vous ?

R : Pas de désaccords profonds sur l’art non. Par exemple Laurent aime bien Hervé Di Rosa, moi pas trop…
On est des consommateurs devenus dealers

 

Q : Quel regard portez-vous sur vos collègues galeristes ?

R : Eh bien d’un côté il y a les marchands, sans doute très respectables et de l’autre ceux qui aiment vraiment l’art… Ça nous joue des tours : on pourrait vendre de belles pièces (selon notre goût, bien sûr), mais on choisit de les garder pour nous. D’un point de vue commercial, c’est une hérésie.

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Propaganda – © Shepard Fairey

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Lily (détail) – © Shepard Fairey

Q : Pour finir : vous est-il arrivé de revendre des œuvres de votre collection ?

R : Bien sûr ! Parfois, on ne peut pas faire autrement ! C’est une passion qui nous coûte plus cher que si on était passionnés de maquettes… On a choisi de dépenser notre argent dans des tableaux plutôt que dans des voyages. C’est le prix – parfaitement assumé – de notre passion…

 

Les tableaux illustrant cet article sont issus de l’exposition « American Graffiti » qui vient de s’achever. Prochaine exposition : « Vicious Beauty », un solo-show de Nick Walker.

 

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Les enfants terribles – © Nick Walker

 

Pour en savoir plus sur la galerie Brugier Rigail, c’est ici.

 

 

 

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