ANNECY 2013 – Un air frais souffle sur l'animation

Au programme de la 53e édition du festival International du Film d’Animation d’Annecy qui donne le ton de l’animation à venir (10 au 15 juin 2013), ce sont 236 films sélectionnés, dont 53 courts-métrages et 9 longs-métrages, issus de 45 pays qui étaient en compétition.

 


© Arthur Collin

Des événements pour les professionnels et les festivaliers

Parmi les festivités proposées, les participants ont bénéficié de nombreuses expositions, de projections en plein air, de making-of /Work In Progress de longs-métrages, de séances de dédicaces, de conférences métiers, mais également de séances de recrutement organisées par les plus grands studios. Enfin, le MIFA (marché du film) était également l’occasion de faire le point sur l’état de l’industrie, pour le plus grand bonheur des professionnels comme des festivaliers.


Des projections en avant-première au bord du lac.
© D. Bouchet/CITIA

En travaux

Annecy 2013 s’annonçait quelque peu bousculé, à commencer par les travaux en cours du centre Bonlieu, habituellement le berceau des événements majeurs de l’évènement. Les festivaliers se sont donc réorientés vers d’autres lieux jusque-là inconnus, comme la salle des Haras (dont le nombre restreint de places par projection et l’inconfort des sièges en ont fait râler plus d’un !), ce qui a donc demandé une sacrée organisation pour ne rien rater des moments forts et des avant-premières.


© A. Simonnot/CITIA

Un nouveau délégué artistique

Cette édition a également salué l’arrivée de Marcel Jean, son nouveau délégué artistique qui reprenait le flambeau tenu d’une main de maître depuis de nombreuses années par Serge Bromberg (petit pincement au cœur tout de même car sa personnalité joviale et accessible nous manque déjà). Avec l’arrivée de Marcel Jean et son accent québécois bien sympathique, c’est un air frais qui a soufflé sur le festival. En effet, quelques innovations ont été remarquées notamment à travers un cycle de projections baptisé Animation Off limits, permettant selon Marcel Jean « de travailler à redéfinir l’animation ». Ce souhait s’est également confirmé dès les premières projections des programmes de courts en compétition. Pour les professionnels, c’est une bonne chose que de voir une sélection plus éclectique dans l’utilisation des techniques de réalisation, plus diversifiée en termes de narration, mais pour le grand public c’est sans doute un bouleversement, car peu habitué à autant de “créativité”, au point de se perdre dans la compréhension de l’œuvre… Serait-ce la voie vers une ouverture d’esprit non explorée jusque-là ? Après un premier choc, il faut un temps d’adaptation…enfin, espérons-le !


Marcel-Jean le nouveau délégué artistique du festival d’Annecy.
© G. Piel/CITIA

 

Des avant-premières à en pleuvoir

Si la météo a été clémente pendant ce festival, les parapluies étaient les stars des studios Pixar qui ont présenté en avant-première leur dernier court intitulé Le parapluie Bleu réalisé par Saschka Unseld. Comme à leur habitude, les studios Pixar savent faire de leurs courts-métrages des petits bijoux efficaces en termes de narration tout en relevant un défi technique avec talent. Le parapluie bleu, c’est la rencontre de deux parapluies qui tombent amoureux lors d’une averse. L’hyper réalisme de ce court et la qualité de l’animation en a bluffé plus d’un car la pluie (omniprésente pour la bonne cause du scénario) donne l’impression d’être réalisée en prise de vue réelle. L’équipe du court s’est fait un plaisir de venir présenter son film et en a profité pour présenter aux professionnels les nouveautés de Renderman Pro Server (version 18 !). 2013 est une année importante pour Renderman qui fête ses 25 ans…(déjà !), c’était donc l’occasion d’organiser un mini évènement festif à l’Impérial Palace (une splendide bâtisse au bord du lac) et de revoir une fois encore ce superbe court que le grand public pourra découvrir juste avant la projection de la dernière production des studios Disney Pixar, Monstres Academy (en salles depuis le 10 juillet dernier), et projeté en ouverture du festival. Monstres Academy n’est pas une suite, mais un prequel de Monstres & Cie qui évoque la rencontre entre Bob Razowski et Sullivan sur les bancs de l’université des monstres. Avec un scénario bien huilé, des gags en pagaille sur différents niveaux de lecture et malgré une culture fac US omniprésente, les spectateurs, petits ou grands, y trouveront leur compte.

 


MONSTRES
© Disney Pixar

Minions, vous avez dit mignons ?

L’autre événement très attendu était l’avant-première de Moi Moche et Méchant 2 en présence de l’équipe franco-américaine du jeune studio Illumination Mc Guff bien représentée par les coréalisateurs Pierre Coffin et Chris Renaud. Fiers d’être venu présenter leur dernier né, et près de trois ans après le premier opus (qui peut se targuer de rivaliser au box office avec les longs-métrages des grands studios), il n’y a pas de doute, l’équipe du film s’est vraiment fait plaisir. Non seulement la qualité de l’animation et des effets visuels étaient au rendez-vous, mais le scénario est également bien pensé et efficace, les gags sont légion et les Minions sont encore plus déjantés (un spin-off dédié à ces petits diables jaunes est d’ailleurs annoncé pour Décembre 2014). Quand à Gru, en ex-méchant devenu bon père de famille, le spectateur a pu découvrir un être sensible qui peut aussi plaire aux femmes…
Les festivaliers ont été bluffés et ont salué ce bon moment d’animation par une standing ovation ! Comme quoi, la French Touch…


MOIMOCHE
© Universal Pictures

Jack (encore vivant !) et la mécanique du cœur

Cela faisait un moment que nombre de fans se demandait si le projet de Mathias Malzieu : Jack et la Mécanique du cœur (adapté de son roman éponyme) allait de l’avant. Après quelques soucis en pleine production et la faillite du studio français Duboi, chargé de l’animation 3D, les choses ne s’annonçaient guère réjouissantes. Ce fut donc une véritable surprise de constater que le leader du célèbre groupe Dionysos s’est fait un plaisir de venir à nouveau à la rencontre du public accompagné de son coréalisateur Stéphane Berla, pour projeter en exclusivité quelques images extraites de ce conte fantasmagorique, au look si singulier.
En homme de scène qui se respecte, Mathias à mis l’ambiance en lisant un extrait de son roman, suivi de deux mini-concerts, rien que pour les spectateurs venus découvrir l’avancée du fabuleux travail de l’équipe repris par les studios Walking The Dog (Belgique) et produit par EuropaCorp. Sortie prévue en février 2014 !

Quel show man ce Mathias Malzieu : http://youtu.be/9wWtEC2tKnA

Merci a nos amis de Cinecoulisses.fr pour ces quelques images, histoire de partager avec vous de bons moments inédits…car c’est aussi ça Annecy…


Jack et la mécanique du cœur de Mathias Malzieu et Stéphane Berla renait de ses cendres, tel le Phoenix.
© EuropaCorp

Tempête sous un crâne

Sur l’ensemble des courts-métrages en compétition, le jury ne s’y est pas trompé en récompensant comme il se doit Subconcious Password (Jeu de l’inconscient), du Canadien Chris Landreth, oscarisé en 2005 pour son court-métrage “Ryan” (à voir absolument !). Avec ce nouveau film, Chris entraine le spectateur (il est le personnage principal de ce court-métrage) dans une situation surement vécue par de nombreuses personnes : impossible de se souvenir du nom d’une connaissance qu’il croise lors d’une soirée. Chris n’y croit pas. Il doit s’en rappeler avant que…mais comment s’appelle-t-il déjà ? – ne revienne vers lui. C’est la panique à bord ! Débute alors une immersion totalement absurde et traitée avec beaucoup d’humour, dans le subconscient du réalisateur grâce à un mix de techniques d’animation, déjà utilisé dans Ryan. Prises de vue réelles, pixillation, papier découpé, sans compter tout le travail en numérique grâce entre autre, à l’utilisation de SANDDE (Stéréoscopic Animation Drawing Device – une nouvelle technologie d’animation développée par IMAX Corp.), qui permet de faire évoluer dans un espace 3D des animations déssinées à la main. Dans Subconcious Password, Chris Landreth ne cherche pas pour autant le photoréalisme dans son utilisation de la 3D. S’il se met en scène dans un style qu’il appelle “Psychoréalisme”, son traitement de l’image consiste plutôt à transposer une réalité subjective et ainsi faire passer la perception qu’ont ses nombreux personnages des mondes auxquels ils appartiennent. Le réalisateur arpente délibérément la “vallée de l’étrange” (Uncanny Valley) pour un résultat désopilant et réussi…Enfin, l’ambiance “Password” (jeu TV de sa jeunesse) rend cette errance subconsciente encore plus loufoque !
Pour voir la bande annonce : http://www.nfb.ca/film/subconscious_password

Subconscious Password de Chris Landreth a reçu le Cristal du court métrage
© ONF – OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA, COPPER HEART ENTERTAINMENT PRODUCTION

Un film de papier, poétique réussi !

Récompensé comme il se doit, Lettres de Femmes de Augusto Zanovello est à la fois poignant et empreint d’une belle idée à la fois poétique et esthétique techniquement. L’action se déroule pendant la première guerre mondiale, les poilus (en carton et papier mâché) se font tuer en masse sur le front et dans les tranchées. Un infirmier chargé de soigner les corps déchiquetés, répare ses camarades…avec des lettres d’amour, des mots de femmes de soldats qui ont le pouvoir de guérir les blessures de ces soldats de papier.
Le travail remarquable de Stop Motion imprègne le spectateur dans un univers aussi tragique et poétique que le sujet est dur. L’utilisation du papier se prête élégamment à l’image que l’on se fait d’un conflit, les corps sont aussi fragiles que du papier. Ils sont déchirés, brulés…les plaies sur les corps comme celles de l’âme ont besoin d’être rafistolées, grâce aux lettres de femmes de soldats.

http://project-images.com/index.php/catalogue-pictor/item/326-lettresdefemmes

Lettres de Femmes réalisé par Augusto Zanovello, un court-métrage en Stop Motion poétique et esthétique.
© Pictor Media/Xbo FIlms

Work in Progress et Making of

Parmi ces sessions WIP qui permettent aux festivaliers de découvrir les coulisses de la fabrication des films en cours de production, un ou deux ans avant la sortie en salles, cette année se sont Dean DeBlois le réalisateur et la productrice Bonnie Arold qui sont venus présenter Dragons 2, trois ans après la sortie du premier opus et second volet d’une trilogie. En exclusivité pour les festivaliers, ils ont présenté les Character design des personnages du film et ont projeté plusieurs séquences du film tout en détaillant les différentes phases de création d’un film d’animation en passant par le story board, le layout et le rendu.
Quant aux cessions de Making-of, les festivaliers ont eu la chance de rencontrer Chris Wedge le réalisateur talentueux de L’âge de glace et cofondateur des studios BlueSky venu présenter Epic son dernier long métrage (projeté lors du festival), qu’il voulait réaliste afin de proposer au public un vrai film d’aventure, haut en couleur. Accompagné de son équipe il a expliqué ses méthodes de travail pour la réalisation de ce film très réussi, qui se laisse regarder comme un bon film d’aventure en effet. Dommage que l’affiche du film ressemble étrangement à celle de Dragon (How to train your dragon), car l’univers dans lequel le spectateur passe un agréable moment, ne ressemble en rien à aucun autre film d’animation.

© K. Pauli/CITIA 


Votre envoyée spéciale sur Annecy en compagnie de Chris Wedge…
© DR

L’ultime récompense pour le brésil avec “Rio 2096 Uma Historia de Amor e Fùria”

C’est la première fois qu’un film d’animation Brésilien est présenté à Annecy. Il n’est pas passé inaperçu et c’est tant mieux. Le jury du festival l’a récompensé comme il se doit en lui décernant le plus prestigieux prix du festival : le Cristal du long-métrage.

Le premier film d’animation Brésilien ” Uma Historia de Amor e Fùria” reçoit l’ultime récompense à Annecy.
© Buriti Filmes, Gullane
A Rio en 2096, l’eau est une denrée plus que précieuse. Le peuple est dominé par un capitalisme dictatorial et la population souffre. En vie depuis plus de 600 ans, le héros raconte les événements qui ont bouleversé l’histoire de son pays, à travers quatre périodes de l’histoire du Brésil, depuis l’origine de sa tribu jusqu’à la fin du 21eme siècle. Le héros ne cessera de lutter aux côtés des plus faibles tout en tentant de retrouver Janaína, l’amour de sa vie.

Si la qualité de l’animation peut prêter à la critique, il faut avant tout comprendre la volonté du réalisateur Luiz Bolognesi de proposer un film qui mélangerait le roman graphique et l’Anime. Ce style répondait à une contrainte majeure pour aller au bout de ce beau projet : un budget très limité de moins de trois millions d’euros (la liste des partenaires financiers est d’une longueur impressionnante!). Le jeu en valait la chandelle car à travers à ce film, l’histoire du Brésil et la lutte engagée au fil des siècles n’aura plus de frontières, grâce à l’animation.
Puissant et touchant à la fois, le spectateur sort de la salle avec à l’esprit qu’aucun peuple ne peut avancer vers l’avenir sans connaissance du passé. Sorti en DVD et Blue Ray en juillet au Brésil, nous attendons avec impatience la volonté de distributeurs français de faire découvrir ce film au public français. A suivre !

Pour voir la bande annonce sous titrée en anglais : http://youtu.be/F9iXckI-Z5c


Bruno Monteiro le directeur de l’animation et Luiz Bolognesi le réalisateur de “Rio 2096”, juste après l’annonce du palmarès !
© Buriti Filmes, Gullane

Pour découvrir le palmarès 2013 et en savoir plus : www.annecy.org


Impossible de résister à une petite photo souvenir !
© DR

Rendez-vous pour le prochain festival du Film d’Animation d’Annecy du 9 au 14 juin 2014 !

Pour mieux vous imprégner de l’ambiance d’Annecy : http://youtu.be/FPZg84Lly0k

Visionnez la bande annonce du Festival : http://youtu.be/uWNx-p_JaoI

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